L’insécurité énergétique européenne : enjeu stratégique dans les Balkans
Une tribune signée Marina Glamotchak, chercheuse et consultante en analyse stratégique de la politique énergétique, à partir de son livre, L’insécurité énergétique européenne – enjeu stratégique dans les Balkans (Technip), publié le 7 décembre 2023.
Afin d’assurer son approvisionnement, l’Union européenne (UE) vise à établir un grand marché pan-européen de l’énergie. L’UE cherche à accéder aux marchés des pays de transit et producteurs, tout en exportant les règles internes de son marché de l’énergie libéralisé à des pays tiers. Par ce biais normatif, l’UE a développé une stratégie pour intégrer les pays le long du Corridor gazier sud-européen1 dans une structure institutionnelle commune, au sein de laquelle elle peut poursuivre ses intérêts énergétiques dans un environnement familier, celui des règles contraignantes qu’elle a édictées. La gouvernance extérieure de l’UE dans le domaine de l’énergie s’accomplit grâce à un instrument unique : la Communauté de l’énergie (CE). Ce mécanisme institutionnel, considéré comme un pilier de la politique énergétique extérieure de l’UE, permet l’extension de l’acquis communautaire énergétique et la création d’un grand marché intégré de l’énergie avec les États voisins.
Pour contrecarrer la stratégie de la Russie sur sa propre périphérie, en 2006 l’UE a mis en place, d’abord avec les pays de issus de l’ancienne Yougoslavie (moins la Slovénie plus l’Albanie), une Communauté de l’énergie qui a pour but de préparer, dans le domaine de l’énergie, leur future entrée dans l’Union. Actuellement, les membres de la CE sont l’UE, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie, le Kosovo, la Moldavie (2010), l’Ukraine (2011) et la Géorgie (2017). La Norvège et la Turquie ont un statut d’observateur. La Communauté souhaite aussi accueillir des pays de l’ancien espace soviétique, d’Asie centrale et du Caucase.
Afin d’accroître la sécurité de l’approvisionnement européen, l’idée directrice du traité CE est d’établir des réseaux transeuropéens d’énergie (dans les secteurs de l’électricité, du gaz naturel, du pétrole et des énergies renouvelables) d’abord régionaux, puis de les intégrer progressivement dans les marchés énergétiques de l’UE. Pour renforcer sa capacité institutionnelle et administrative, la CE offre des investissements (subventions, prêts) et une assistance technique aux parties contractantes.
Depuis la découverte en 1997 d’immenses gisements d’hydrocarbures dans les eaux de la mer Caspienne, l’Europe du Sud-Est se trouve au carrefour des corridors énergétiques2 et sa position stratégique sur la route des approvisionnements nécessaires à l’Europe occidentale ne cesse d’augmenter. Situés sur les voies énergétiques du Corridor du Sud, six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro et Serbie) constituent la dernière étape de transit avant le consommateur final, l’Union européenne.
Dans ce livre, « L’insécurité énergétique européenne – l’enjeu stratégique dans les Balkans », le fil conducteur des enjeux conflictuels ou de la « lutte » pour l’énergie sur l’espace balkanique se résume aux projets qui, dans le cadre du Corridor énergétique sud (gaz et électricité) ou l’Initiative de trois mers, accroissent l’importance des pays des Balkans occidentaux. A travers la sécurisation des approvisionnements énergétiques et des projets de diversification exigés par l’UE, ou des investissements européens, américaines, russes ou chinois dans le secteur de l’énergie, le constat est identique : cette importance s’accroit en raison de la coupure du gaz puis des sabotages sur les gazoducs du nord, Nord Stream 1 et 2.
Plusieurs impacts géopolitiques et décisionnels ont plongé l’Union Européenne dans l’insécurité énergétique, mettant en cause sa volonté affichée de prendre le leadership climatique mondial. Pourtant, l’Union européenne dispose d’instruments politiques et financiers pour influencer les stratégies énergétiques hors de ses frontières – dont dans les pays des Balkans occidentaux. La stratégie de l’UE se confronte-elle et à quelle manière aux intérêts d’États qui opèrent également dans la région (Chine, Russie, Turquie) ?
Comment évolue l’ambitieuse stratégie européenne d’intégration des pays des Balkans occidentaux dans ses réseaux électriques (le Corridor électrique transbalkanique) et gaziers (le Corridor gazier du Sud) ? Il en découle une question centrale, à savoir, quelle est la place des pays des Balkans occidentaux dans un échiquier énergétique et dans la dépendance énergétique accrue de l’Union européenne ?
Ces quelques questions relèvent le fond de ce livre au premier abord consacré à la spécificité de la problématique énergétique (nucléaire, électrique, énergie renouvelable, gaz) des pays des Balkans occidentaux, cet ouvrage met en avant les instruments politiques et financiers dont l’Union européenne dispose pour influencer les stratégies énergétiques des pays balkaniques, d’une part, et, d’autre part, traite de l’ambitieuse stratégie européenne qui vise à inclure cette région dans ses réseaux électriques et gaziers, via le Corridor électrique transbalkanique et le Corridor gazier du Sud.
COMMENTAIRES
Dommage de ne parler qu’Hydrocarbure pour les Balkans (sur le point de l’insécurité énergétique) alors que plusieurs de ces pays via des interconnexions électriques judicieuses (notamment vers l’Italie au Sud-Ouest et la Grèce au Sud-Est) ont le potentiel de dispatcher des excédents de production du Nord de l’Europe vers le Sud et vice-versa suivant les époques de l’année…
Les Bilans en GES de plusieurs de ces pays sont calamiteux et ils pourraient largement être amélioré avec plus d’interconnexions.