Luc Baranger, Familles de France : “La neutralité carbone implique de sortir les énergies fossiles des logements”

Alors que le Médiateur national de l’énergie s’inquiète d’une hausse des procédures pour impayés de factures d’électricité ou de gaz en 2019, Luc Baranger, référent énergie au sein de Familles de France, partage son regard sur l’actualité. RE2020, précarité énergétique, rénovation, polémiques autour du radiateur électrique… Entretien.

Comment Familles de France accompagne-t-elle les consommateurs sur le volet énergétique ?

Familles de France est une fédération composée d’associations départementales qui accompagnent les consommateurs sur le terrain. Au plan national, à la suite de la déréglementation du marché de l’énergie, nous avons décidé de nous regrouper pour souscrire collectivement des contrats énergétiques.

Cela permet aux consommateurs de bénéficier de meilleurs tarifs, bien que nous ne soyons pas tous égaux et n’ayons pas tous les mêmes besoins.

Dans le cadre de nos associations locales, des associations de locataires sont aussi venues se joindre à nous ces dernières années. Nous assurons ainsi un accompagnement auprès des personnes en précarité énergétique.

Quelles mesures permettraient selon vous de réduire la précarité énergétique ?

Avec l’application des lois énergies des années 2000, l’électricité a progressivement été considérée comme une marchandise. Or, ce n’est pas une marchandise, car elle ne peut pas presque pas être stockée.

Au sein de Familles de France, nous plaidons pour un retour de la régulation du marché, car elle permettrait aux consommateurs de bénéficier de prix beaucoup plus intéressants.

Du point de vue de la facturation des consommateurs, il n’y a en effet pas de meilleur cadre économique possible que celui du monopole qui était en vigueur auparavant. A condition, cela dit, que ce monopole soit contrôlé par les citoyens.

L’ouverture du marché contribue dans les faits à ce que les consommateurs paient plus cher leur électricité. La déréglementation ne profite pas aux clients mais aux nouveaux fournisseurs.

Chauffage, eau chaude… quelles solutions énergétiques privilégier pour les ménages ? Partagez-vous les critiques qui sont faites aux radiateurs électriques ?

Les polémiques sur le radiateur électrique sont dépassées. La RT2012 en vigueur aujourd’hui a largement favorisé le gaz. Le problème, c’est que les chaudières au gaz ont un mauvais rendement à bas régime. Or précisément, lorsqu’une rénovation énergétique est réalisée, on a alors seulement besoin d’un appoint de chauffage, compte tenu de la bonne isolation du logement.

Dans cette logique de chauffage d’appoint, un certain nombre de solutions électriques sont excellentes, comme les pompes à chaleur, tant au niveau du confort que de la consommation énergétique et donc de la facture.

Si nous sommes dans des maisons bien isolées, il ne se justifie absolument pas d’avoir une chaudière au gaz. Car ce n’est pas en utilisant du gaz ou du mazout qu’on ira vers la neutralité carbone. La neutralité carbone implique de sortir les énergies fossiles des logements.

Justement, comment aidez-vous les ménages à renoncer aux énergies fossiles comme le fioul, qui en plus d’être polluantes, peuvent entraîner des surcoûts (double abonnement, fluctuation des prix…) ?

 Les publics auxquels nous avons affaire chez Familles de France sont très variés. Les urbains ont globalement des logements en appartement, avec des solutions collectives. Au sein des copropriétés, le sujet est difficile, c’est une vaste question à laquelle il est difficile de répondre, car la loi de 1965 sur les copropriétés a été embrouillée encore plus par sa réécriture en 2019. Le problème du chauffage au fioul et des passoires thermiques se pose en particulier pour les zones rurales et périphériques, lieux habités par des propriétaires souvent âgés et à faibles revenus en général.

Ces gens-là n’ont pas envie de faire de travaux parce qu’ils sont âgés et ne veulent plus remettre en cause leurs habitudes. Le challenge est de parvenir à les convaincre . Il pourrait pour cela être utile de mettre en place des campagnes de communication nationales.

Cela permettrait de mettre les projecteurs sur les aides mises en place pour aider les Français à remplacer leurs chaudières à fioul ou à gaz peu performantes par des chauffages plus écologiques et plus économiques. Les communications actuelles sur ce sujet sont sans doute un peu trop discrètes, et les installateurs locaux font parfois de la résistance.

Quel regard portez-vous sur la politique de rénovation énergétique menée à date ?

Les consommateurs ont été assaillis de propositions fallacieuses par des sociétés plus ou moins honnêtes. Cela a causé un tort terrible. Si l’Etat ne fait pas le ménage dans ce domaine, en éliminant les escrocs, nous aurons du mal à réussir cette politique qui est pourtant absolument essentielle.

Je suis un fervent défenseur de la rénovation énergétique qui est très bénéfique pour la diminution de la consommation énergétique, et donc pour le pouvoir d’achat des ménages, à condition que les travaux soient bien réalisés. Toute la question est là. Aussi, il ne faut pas que la rénovation soit une montagne à gravir pour les ménages.

Dans le neuf, la RE2020 fait de la décarbonation du bâtiment une priorité. Va t-elle dans le bon sens pour vous du point de vue des consommateurs ?

A priori, la RE2020 va plutôt dans le bon sens, surtout si l’on entérine bien la baisse du coefficient de l’électricité à 2,3 au lieu de 2,58, et que l’on sorte des calculs en énergie primaire.

Cela permettra de rééquilibrer la place du gaz, qui est anormalement favorisé. Nous devons décarboner, donc ce n’est pas en maintenant le gaz dans les logements que nous y parviendrons. Avec cette future réglementation, un pas intéressant est donc franchi.

Il reste une réserve, comme pour la RT2012, autour de la question de l’application de la réglementation. Dans un certain nombres de chantiers, la RT2012 n’a pas été respectée, avec des défauts d’isolation récurrents par exemple.

Si des contrôles réguliers des chantiers ne sont pas mis en place pour vérifier l’application des normes, on risque d’avoir encore des consommateurs mécontents. On peut faire la meilleure norme du monde mais si elle n’est pas appliquée, on atteint la limite de l’exercice.

Un dernier mot ?

Je souhaiterais souligner la question liée à la protection des données des consommateurs, qui est très importante dans le domaine de l’énergie.

Les consommateurs ont perdu confiance, comme en témoignent les débats autour du compteur Linky. Pourtant, les smartphones sont largement plus bavards en termes de données que les compteurs communicants.

Il faut rassurer les consommateurs en leur garantissant que leurs données ne seront pas utilisées à mauvais escient.

Cela pourrait se faire par l’intermédiaire de comités de surveillance où les consommateurs citoyens seraient représentés d’une façon neutre et indépendante, alors que ce domaine est aujourd’hui réservé aux experts des Autorités publiques.

 

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